Incendie sur le S. S. Québec

Par Tom et Alan Evans

0
115

Alors que les bateaux d’observation des baleines partent du quai de Tadoussac, offrant des centaines de voyages par saison dans des conditions très sécuritaires, il est difficile d’imaginer que le même quai fut autrefois le théâtre d’une scène d’horreur où la pire catastrophe maritime de Tadoussac entraîna la mort de sept personnes. Le 14 août 1950, par une belle journée d’été à Tadoussac, le navire de passagers S. S. Québec de la Canada Steamship Lines était de passage dans la région. Il naviguait sur les eaux calmes du Saint-Laurent, tandis que les passagers sirotaient leur thé dans la salle à manger ou préparaient leurs bagages dans les cabines. Le système de communication du navire diffusait, à l’intention des passagers, des informations concernant l’importance historique de la baie de Tadoussac et de la rivière Saguenay. C’est alors quelqu’un a crié «Au Feu!» et l’enfer s’est alors déchaîné.

426 personnes à bord du navire de 350 pieds de longueur ont soudainement eu à prendre des décisions qui pourraient leur coûter la vie. Ils étaient à quatre milles de la rive, et sans doute beaucoup pensaient à un autre navire de la CSL – le S. S. Noronic – qui avait brûlé à Toronto moins d’un an auparavant, alors qu’il était à quai, et qui coûta à vie à 119 personnes. Est-ce que le même sort les attandait?

Heureusement, l’équipage a réagi de façon très professionnelle. Les passagers ont par la suite déclaré qu’il n’y avait pas eu de panique et qu’ils étaient guidés vers l’avant et  l’arrière du vaisseau, loin de la zone de l’incendie au milieu du navire. C’était sans doute un incendie criminel, allumé dans un placard. Les gens cherchaient fébrilement les membres de leur famille et comme le feu s’est propagé rapidement dans la superstructure en bois, leur situation est devenu beaucoup plus critique. Un enfant de 6 ans, Leonard Shapiro, fut passé à d’autres passagers par ses parents, par la fenêtre d’une cabine et évacué sur le pont. C’était une décision sage et courageuse. Le lendemain, les corps de ses parents, et du frère aîné Bernard, furent les premiers retrouvés dans l’épave calcinée. Et pendant ce temps, tandis que les passagers couvraient leurs visages avec des vêtements humides pour éviter la fumée et couraient dans les couloirs pour tenter de trouver un air respirable, le système audio continuait à diffuser, d’une voix mesurée et agréable, les points d’intérêt sur le rivière Saguenay.

Le navire était à  proximité du Haut-Fond- Prince lorsque le feu a éclaté et le capitaine avait deux choix. Il pourrait arrêter le navire et essayer de combattre le feu, ou sacrifier le navire en attisant les flammes dans une course désespérée pour rallier le quai de Tadoussac où il serait beaucoup plus sûr de débarquer les passagers. C’est cette seconde alternative qu’il a choisie, et bien que sept personnes aient perdu la vie (cinq corps furent retrouvés dans le navire et deux déclarés disparus), le nombre de morts aurait été beaucoup plus élevé s’il avait agi différemment. Malgré les courants difficiles caractéristiques de ce secteur et l’énorme stress de la situation, il a parfaitement rejoint le quai et accosté le navire. Le capitaine Cyril Burch a par la suite, reçu de la compagnie une récompense de 5 000 $ pour la façon dont il a traité cette situation de crise.

Pour les résidents de Tadoussac, c’était un jour à retenir. Le navire familier est arrivé selon l’horaire, mais cette fois, englouti dans les flammes. Beaucoup se sont dirigés vers le chaos sur le quai. Les conducteurs de calèches essayaient de contrôler leurs chevaux effrayés et de les éloigner du brasier. D’autres bateaux, précédemment amarrés, ont largué leurs amarres et se sont éloignés des étincelles volantes, comme des soldats quittant un camarade mourant sur le champ de bataille. Les passagers souillés par la suie et incommodés par la fumée débarquèrent du bateau tant bien que mal. Beaucoup furent transportés vers l’hôtel Tadoussac, où les employés se sont débrouillés pour les réconforter avec une tasse de thé et des sandwiches. Les autres passagers et les villageois sont restés sur place, impuissants devant l’horreur de la situation et incapables de détourner le regard de ce bateau de cinq ponts en train de brûler sous leurs yeux. Il a brûlé pendant toute la journée et, à un moment donné, une soupape s’est cassée ou a fondu, ce qui a provoqué un sifflet de vapeur qui a rûgi sans arrêt, pendant des heures. Quelqu’un a déclaré que «Cela a ressemblait au dernier cri d’un animal mourant». Pour ceux qui aimaient ces beaux navires, les “grands bateaux blancs” qui ont navigué ces rivières si majestueusement, c’est exactement ce que c’était.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Inscrivez voitre commentaire
Inscrire votre nom