Une érablière à Tadoussac

Par Marilyne Gagné

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Plusieurs le savent déjà, cachée dans la forêt à seulement deux kilomètres du village, se trouve une petite cabane où une quantité d’or blond est fabriquée. Le propriétaire du Cabane à sucre Coureur des Bois, Steve Gagné, y prépare chaque printemps, pour notre plus grand plaisir et le sien aussi, du bon sirop d’érable.

Nous avons voulu en savoir davantage sur cette passion qui l’anime et qui le pousse à continuer ce travail exigeant dans une région où les érables se font rares.

Steve, quand as-tu débuté ton projet de cabane à sucre ?

J’ai bâti ma cabane en 2008. J’avais, à cette époque, 100 entailles à la chaudière. Cette année, j’aurai environ 560 entailles, mais j’en ai déjà eu presque 800.

Pourquoi avoir moins d’entailles ?

J’ai baissé le nombre d’arbres entaillés pour éliminer ceux qui étaient trop loin. C’était trop de travail. Je manquais de temps. Ces érables-là ne pouvaient pas être reliés au système de collecte que j’ai à la cabane. En plus, j’élimine certains érables pour les remplacer par des érables plus productifs, en meilleure santé. Par contre, de cette façon, j’augmente le nombre de livres à l’entaille en privilégiant les arbres plus gros.

Quel est le type de collecte utilisé ?

Je collecte la sève avec un système sur vacuum. C’est une pompe qui aspire la sève des arbres et celle-ci est acheminée directement à la station de pompage à l’aide de tuyaux. Ce n’est pas si simple à cause de l’entretien important, mais l’avantage est que je récolte plus de sève par arbre et que je peux faire tout sans main-d’œuvre.   Ma façon de faire est très traditionnelle. Je ne fais pas de filtration à l’osmose, une technique qui réduit le temps de bouillage. Ma sève passe donc plus de temps dans l’évaporateur, ce qui donne un sirop plus coloré et plus goûteux.

On parle ces temps-ci du plomb qui se retrouve dans le sirop. As-tu ce problème ?

Non, mon équipement est très récent. Il n’y a aucune soudure au plomb dans mes cuves. Tout est en stainless à 100 %.

Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour arriver à produire le sirop ici à Tadoussac ?

Il y a beaucoup de difficultés. D’abord, je suis quand même chanceux parce que, près de ma cabane, il y a de beaux érables à sucre. Mais ce sont les érables rouges qui ne sont pas de bonne qualité ici. Ils ne sont pas gros, ils ne poussent pas vite et ne donnent pas beaucoup de rendement. C’est pour ça que j’essaie de les remplacer par ceux avec un meilleur rendement. Ensuite, c’est la quantité de neige qu’on a. Ça n’arrête pas ! La neige enterre tous mes tubes. Il faut que je pellète. Ça brise. Les gros vents arrachent les branches qui tombent sur les tubes. C’est beaucoup d’entretien. Aussi, les érables sont très distancés les uns des autres par rapport à une région comme Québec qui a peut-être 2000 érables dans un hectare, tandis que moi, j’ai peut-être 2000 érables pour 50 hectares. C’est une bonne différence.

Bûches-tu aussi ton bois sur ta terre comme combustible pour ton évaporateur ?

Oui, tout le bois que j’ai fait cette année est tout tombé lors des gros vents de tempête de neige de l’année passée. Je n’ai pas coupé un seul arbre debout ! J’ai presque du bois pour deux saisons.

As-tu des projets d’agrandissement ou d’autres projets ?

Mon projet est de toujours m’améliorer. Cette année, je suis passé à 2 livres à l’entaille. La moyenne au Québec est de 3 livres. Mon but est d’atteindre cette moyenne. J’ai aussi fait beaucoup d’éclaircissement autour de l’érablière pour laisser pousser les érables à sucre le plus vite possible et ainsi augmenter le nombre d’entailles. Mais c’est long. C’est un projet sur 10, 15 ou 20 ans. J’aimerais atteindre 1000 ou 1500 entailles.

C’est donc une vraie passion ce projet ?

Oui, ce n’est pas pour l’argent que je fais ça, car il n’y a pas une cent à faire ! Ça paie une partie de mes dépenses.

Comment qualifies-tu ton érablière par rapport à ce qui se fait ailleurs ?  

C’est une microérablière ! Aux Escoumins, je pense qu’ils ont une érablière sur une terre publique de peut-être 800 entailles et à Sacré-Cœur, peut-être 1000 entailles à la chaudière et ça prend une armée pour ramasser ça. Ailleurs, les érablières vont jusqu’à 150 000 entailles.

Quand j’ai commencé ce projet, beaucoup me disaient qu’il était impossible de faire du sirop ici, qu’il n’y a pas d’érables à sucre qui poussent ici. Mais il y a de l’érable à sucre chez nous et je fais du sirop.

Il y a une chose dont je suis particulièrement fier, c’est de ma plantation d’érables à sucre, tout près de ma cabane. Suite à la tempête Irène, en 2011 je pense, il y a eu un gros chablis devant ma cabane. Le Regroupement Forestier ne voulait pas me donner des érables sous prétexte qu’ils ne pousseraient pas. Ils voulaient que je plante de l’épinette. Moi j’ai dit non ! Je plante de l’érable à sucre. Maintenant, ils ont 12 pieds de haut ! Le pire n’est pas encore passé, mais ça va bien. Cette année, je veux choisir des graines de mes plus beaux érables à sucre et les planter. Ç’a été fait à Québec il y a 25 ans et c’est de toute beauté. 9000 érables ont été plantés dans un champ. De cette façon, il n’y a pas de compétition donc les arbres poussent plus vite. J’aimerais un jour pouvoir les entailler, mais j’aurai au moins 70 ans.

Qui sont tes principaux clients ?

Les restaurants Chez Mathilde et la Galouine à Tadoussac. Je vends aussi des produits à tout le monde à partir de chez moi.

Est-ce que l’érablière est ouverte à tous ?

Oui. Je suis là presque tous les après-midis pour bouillir, mais il vaut mieux appeler ou contacter Alison sur Facebook pour s’assurer que j’y suis. Et si on le sait d’avance, je peux faire de la tire.

Quand tes produits seront-ils disponibles ?

À partir du 5 avril environ.

Est-ce que tu fabriques d’autres produits ?

Alison s’occupe de faire la transformation du sirop en bonbons, sucres, beurres et cornets.

Pour se procurer des produits ou pour de l’information sur les visites des installations :

Facebook : Alison Brisson

Tél. : 418 235-1039

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