#MoiAussi

0
133

Par Marie-Pier, Enseignante de français, Sec.5

Dans ma classe, j’essaie toujours de sensibiliser les élèves à l’actualité. Je crois fermement que de les ouvrir à ce qui se passe autour d’eux va les amener à devenir des adultes impliqués dans le monde de demain. Je souhaite ardemment qu’ils puissent développer leur esprit critique, qu’ils soient en mesure de réfléchir et de commenter les décisions, bref, qu’ils ne soient pas assujettis automatiquement aux détenteurs de pouvoir. Mais surtout, je veux qu’ils développent la capacité de choisir les mots qui feront réfléchir, qui convaincront et qui feront plier sous des arguments solides et avisés.

Dernièrement, j’ai demandé à mes élèves de se renseigner et de se prononcer sur le mouvement #moiaussi (au Québec), #balancetonporc (en France) ou #metoo, dans le mot-clic d’origine. La consigne était de lire des textes de différents points de vue sur le sujet, de se forger une opinion et d’apporter de nouvelles idées au débat. J’ai eu l’immense plaisir de lire différentes positions, d’entrer dans une réflexion et d’avoir accès aux pensées en construction de ces adultes de demain. Deux textes, très différents, ont retenu mon attention. Incapable de trancher, je vous présente ces deux rédactions sensibles, inspirées et averties.


L’heure d’une révolution a sonné

Par Gabrielle Boutin

De nos jours, la société a démantelé plusieurs préjugés qui avaient été, autrefois, inculqués aux citoyens, tels que la supériorité masculine ou l’image de la femme-objet. Cependant, le mouvement #MoiAussi a tristement démontré que certaines femmes subissent encore les conséquences de ces principes archaïques. Plus positivement, je crois que ce phénomène international a fortement contribué à un changement de la vision de la femme et de la sexualité. D’ailleurs, je pense qu’il a été bénéfique à la défense des droits de la femme et a clarifié la limite entre liberté sexuelle et agression.

D’abord, cette vague de dénonciations a procuré une voix à la gent féminine afin qu’elle défende ses libertés, et cela, avec l’aide d’une couverture médiatique d’ampleur. Plusieurs femmes d’influence ont divulgué leurs touchantes histoires grâce à cette action et ont pu, par le fait même, encourager les valeurs féministes. Parmi ces dernières, on compte Natalie Portman, qui a tenu un discours poignant à la Marche des femmes ce 21 janvier dernier. Elle déclare devant foule : « Un monde dans lequel je pourrai m’habiller comme je le veux, dire ce que je veux et exprimer mes désirs de la façon que je le souhaite sans craindre pour ma sécurité physique ou ma réputation : voilà ce que serait le monde dans lequel le désir des femmes et leur sexualité pourraient s’exprimer pleinement. » En effet, des témoignages comme celui-ci prouvent que l’événement a fait tomber un certain tabou et a donné aux dames une façon de s’exprimer sur ce qui leur revient de droit : le respect de leurs choix, de leur corps et de se faire traiter respectueusement. Utiliser le #MoiAussi c’est également proclamer que la femme n’est pas un trophée, un butin que l’on ramasse quand on a le pouvoir, comme l’a dit Florence Darel au Quotidien avec Yann Barthès.

Ensuite, la ligne entre le harcèlement sexuel et la liberté sexuelle est un concept flou qui a fait beaucoup victimes, mais qui s’est trouvé être éclairé par l’initiative mondiale d’incrimination des agresseurs. L’amour libre est définit ainsi par minilex.fr : « Chacun est libre de choisir ses partenaires sexuels, chacun est libre d’avoir des relations sexuelles ou non et chacun est libre de choisir ses pratiques sexuelles, en mettant de l’avant le principe du consentement. » De ce fait, je pense que le mouvement nous a fait réaliser que des hommes malintentionnés abusaient de leur liberté pour brimer celle de leurs victimes non-consentantes. La différenciation entre les gestes inacceptables (drague insistante, attouchements, viols, etc.) et une séduction polie s’est alors installée de façon précise, faisant réaliser à certains les fautes qu’ils avaient pu commettre. Jordan Veira, artiste basé à Toronto, résume parfaitement l’influence du mouvement dans un article pour CBC : « C’est une opportunité de comprendre la nuance et les façons dont nous avons pu participer à des formes de violence. »

En somme, je crois qu’il est juste d’affirmer que ce célèbre mot-clic est plus qu’un simple événement viral ; il nous a ouvert les yeux pour que l’on porte un regard plus juste au sort réservé aux dames et a clarifié certains concepts sexuels. En pourcentage, le sexe féminin a dénoncé davantage, mais bien des hommes sont, eux aussi, victimes d’agressions. Pourtant, les médias ne leur accordent pas autant d’importance : sexisme ou négligence du nombre ?


Un mouvement qui attire l’attention

Par Joannie Yacola

Avec les médias et l’actualité, les gens sont au courant du moindre phénomène mondial populaire. Le mouvement #MoiAussi, qui a commencé à l’automne 2017, a permis de dénoncer les agressions sexuelles et le harcèlement faits aux femmes à la suite de l’affaire Weinstein. Malgré l’ampleur et l’importance de cet événement, je ne suis pas convaincue qu’il s’agit de la bonne façon de dénoncer une agression. Je pense qu’au contraire, le mouvement démontre qu’il y a un problème dans le système judiciaire actuel. Celui-ci a été lancé par l’actrice Alyssa Milano pour inviter les femmes à dénoncer le harcèlement sexuel, mais on semble oublier les hommes dans l’affaire.

Premièrement, le mouvement #MoiAussi, créé à la base pour dénoncer le producteur américain Harvey Weinstein, invite en partie les femmes à défier le harcèlement. On semble cependant mettre automatiquement les hommes de côté, eux qui sont parfois tout aussi victimes d’abus. En effet, selon Geneviève Pettersen, écrivaine et chroniqueuse, certains hommes lui ont confié une réticence à participer à la vague. Un gars lui aurait raconté avoir vécu du harcèlement sexuel au travail; il aurait refusé plusieurs fois les avances d’une supérieure hiérarchique qui se serait acharnée ensuite, pendant près d’un an, à lui rendre la vie au bureau impossible. Par la suite, l’homme n’a pas osé demander de l’aide, convaincu que c’était lui le problème. La raison pour laquelle il a hésité à écrire #MoiAussi est qu’il a eu l’impression que ça demeure une expérience à part dans la vie actuelle des hommes blancs hétéros. Selon moi, le problème est plus large encore que le harcèlement dans ce cas; la norme a décidé que les hommes n’étaient pas vraiment victimes dans ces situations et qu’au contraire, ils en sont la cause, rendant les femmes automatiquement non coupables. L’actrice Alyssa Milano a lancé un message important, mais exclusif aux femmes, pour dénoncer les agressions sexuelles. Ceci est la preuve que nous avons encore une vision inégale des hommes et des femmes dans la société.

Deuxièmement, je pense que le fait que ce mouvement ait autant fonctionné montre qu’il y a un problème dans le système judiciaire. Selon Louise Langevin, professeure de droit à l’Université Laval, la situation est une critique du système de justice actuel. « Si j’étais une juge, je n’aimerais pas lire que des gens se font justice à eux-mêmes. Le système ne répond pas aux besoins des femmes victimes de violence, on l’a entre autres vu avec l’affaire Ghomeshi. » En 2016, l’animateur à Radio-Canada Jian Ghomeshi avait été acquitté de toutes les accusations d’agressions sexuelles qui pesaient contre lui, parce que les plaignantes avaient été jugées non crédibles par le juge. Par conséquent, le mouvement #MoiAussi ne permet pas de régler un problème plus candidement, car comment peut-on recevoir un procès sur internet? Ce mouvement est, selon moi, lui-même une preuve montrant qu’il y a beaucoup plus de problèmes dans la société qu’on ne le croit. Il n’est pas normal de sentir le besoin de se faire aider sur les réseaux sociaux plutôt qu’avec de vrais services.

Pour conclure, je suis certaine que ce mouvement de masse sur internet n’est pas la bonne façon de dénoncer les agressions sexuelles. Le monde est dangereux à vivre! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.


LAISSER UN COMMENTAIRE

Inscrivez voitre commentaire
Inscrire votre nom