L’OURSIN VERT

Par Samuel Belleau

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Strongylocentrotus droebachiensis

Qui n’a pas déjà rencontré cet étrange invertébré au corps arrondi muni d’épines sur une plage le long du golfe ou de l’estuaire maritime ? Il suffit de s’aventurer sur les battures à découvert pour retrouver, parfois en quantité importante, cet échinoderme (qui veut dire « peau épineuse ») tentant de survivre aux extrêmes conditions qu’offre l’habitat du médiolittoral entre deux marées. Mais que font-ils là ?

C’est que l’oursin vert est le brouteur par excellence des communautés d’algues du Saint-Laurent. Il adore les laminaires, ces grandes algues qui ressemblent à des lasagnes de mer. Muni d’une bouche de forme sphérique située sur le pôle ventral qui comporte cinq dents broyeuses appelées « lanterne d’Aristote », l’oursin est si efficace qu’il régit l’abondance des algues partout où on le retrouve. Les communautés d’algues vivent généralement sur les hauts fonds et le long des côtes entre 0 et 20 mètres sous la surface, profondeur à laquelle les rayons du soleil permettent encore la photosynthèse. C’est pourquoi il n’est pas rare de retrouver les oursins parmi les algues à marée basse. Une étude a démontré que les déjections fécales de l’oursin jouent un rôle important dans la production de particules de matière organique dans les écosystèmes benthiques du littoral et qu’il s’agit d’une source de nourriture potentiellement nutritive pour les détritivores.

Cousin des étoiles de mer, l’oursin vert est un des organismes les plus répandus qui présente généralement la plus grande biomasse lors des inventaires du fond du Saint-Laurent marin ! La biomasse, c’est la quantité de matière constituée par l’ensemble des êtres vivants (animaux, végétaux, champignons et bactéries) se trouvant dans un écosystème donné, à un moment donné. On retrouve l’oursin vert à des profondeurs allant de 0 à plus de 200 m. Même s’il raffole des algues, c’est un omnivore détritivore qui dévore tout sur son passage, même le caoutchouc d’un masque de plongée échappé à l’eau ! Et si les oursins verts du golfe du Maine se montrent plus capricieux au niveau de leur résistance aux variations de salinité, des études ont démontré que la population de l’estuaire maritime est plus tolérante à ces variations, probablement dû au fait qu’elle évolue dans les eaux plus saumâtres (mélange d’eau douce et d’eau salée) du Saint-Laurent.

Chez l’oursin vert, les sexes sont séparés et ne peuvent être distingués extérieurement. Les cinq gonades (organes reproducteurs) subissent d’importants changements de volume, de fermeté et de couleur au cours d’un cycle annuel. L’hiver, les gonades peuvent représenter jusqu’à 25 % du poids total de l’oursin. Lors de la fécondation, qui est extérieure et qui survient entre mai et juin dans l’estuaire du Saint-Laurent, les oursins mâles et femelles relâchent leurs gamètes dans le courant et le poids des gonades diminue alors à moins de 10 % du poids total de l’oursin. Le poids des gonades demeurera faible tout l’été avant d’entamer une reconstruction à l’automne.

L’oursin vert atteint la maturité sexuelle lorsque le test (coquille calcaire) atteint le diamètre d’environ 25–30 mm, soit vers l’âge de trois à quatre ans. La fécondation est externe et produit une larve pélagique qui dérive durant un à cinq mois dans les eaux de surface avant de s’établir sur le fond marin. Au début de cette phase benthique, l’oursin juvénile mesure à peine 0,5 mm de diamètre. Le taux de croissance de l’oursin peut être très variable et dépend surtout de la qualité et de la quantité de nourriture disponible. Les oursins vivant parmi les forêts de laminaires ont une croissance bien plus rapide que les individus reposant sur des substrats dénudés d’algues. Les examens des anneaux de croissance sur les rotules de la lanterne d’Aristote effectués dans la zone de la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie ont démontré que l’âge des oursins ayant un diamètre de 47 à 73 mm variait de quatre à vingt-trois ans !

Outre la pêche commerciale effectuée par les humains, les principales causes de mortalité naturelle de l’oursin sont le stress osmotique (manque d’eau et variation de salinité), la prédation et la maladie. Les larves et les juvéniles sont particulièrement sensibles à une faible salinité et il a été suggéré que le renouvellement de l’espèce dans l’estuaire moyen du Saint-Laurent (entre Tadoussac et Québec) puisse être épisodique en raison de conditions de salinité parfois défavorables à la survie des larves. Sur les côtes du Québec, les principaux prédateurs de l’oursin vert sont les homards, les crabes, les étoiles de mer, les loups de mer et les oiseaux marins.

Si par malchance, vous marchez pieds nus ou glissez et tombez sur les épines d’un oursin et qu’elles pénètrent la peau, il faut les retirer afin éviter la formation de kystes. L’acidité du vinaigre ou un bain chaud permettent de ramollir et de retirer plus facilement les épines. Faites attention d’y aller délicatement sur la pression si vous utilisez des pinces à sourcils, car les épines se brisent comme du verre et ne se retirent donc pas aussi facilement qu’une écharde de bois.

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