Le Trou Noir c’est ENCORE l’affaire de tous !

Par Marilyne Gagné

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ou l’économie de Tadoussac et la STQ

Encore une fois, le 16 mars dernier, quelque 35 personnes se sont déplacées au quai des traversiers, simultanément à Forestville, Baie-Comeau et La Malbaie. Nous avons bravé le froid et le vent du nord-ouest pour montrer notre mécontentement sur la non-action du gouvernement à trouver rapidement une solution au trou noir de l’assurance-emploi.

Ça ne nous faisait pas plaisir d’être là, je peux vous le dire ! Mes petits doigts ont viré blancs et nous étions rapidement gelés sur place. Cette manifestation se voulait pacifique et plutôt démonstrative. On se sentait un peu timide au début et puis on a réclamé des coups de klaxon des automobilistes et des transporteurs pour nous appuyer. Le directeur de la Société des traversiers du Québec (STQ) avait donné ses directives : pas de trouble, pas d’interaction avec les employés, ne pas dépasser la ligne blanche sur le côté de la rue, pas d’entraves aux travaux en cours. Deux policières faisaient aussi la surveillance.

Il faut comprendre ce directeur de ne pas appuyer pleinement la cause. La STQ se cherche de la relève et a sans doute de la difficulté à accepter que des personnes revendiquent le manque d’emploi dans la région, et ce, à côté de son bureau.

Mais je pourrais répondre ceci :  

Je suis employeuse moi aussi, tout comme la majorité des autres commerces et organismes qui emploient des personnes de façon saisonnière. Il y a une employée qui travaille avec moi, qui est saisonnière et qui revient travailler pour notre organisation depuis maintenant 18 ans. Je n’ai pas besoin d’expliquer davantage que cette personne m’est essentielle. Depuis que le gouvernement Harper a changé les règles, ma principale employée se retrouve de plus en plus dans le trou chaque année. On peut dire qu’elle a réussi à s’en sortir puisqu’elle est toujours en vie. Mais cette année, c’est le pire du pire. Elle a eu encore plus de semaines de trou noir que les années précédentes. Pourtant, elle travaille et contribue à l’économie canadienne comme avant.

Avec les nouvelles mesures du gouvernement qui tentera de donner de la formation à ces gens qui vivent le trou noir, on ne peut que rire jaune. Peut-être que certains y trouveront leur compte dans cette mesure, mais pas moi, en tant qu’employeuse saisonnière. Si ma principale employée va en formation (et là, je ne pense pas qu’elle ira passer ses classes de matelotage) et si elle trouve un emploi à l’année, qui viendra la remplacer pour les 800 heures de travail dont la marina a besoin ?

Quelle formation les menant au plein emploi les travailleurs saisonniers iront-ils chercher sachant que la plupart des personnes qui se trouvent dans cette situation sont des femmes ? Si quelqu’un a la réponse, j’aimerais bien l’entendre. C’est 20 % de notre monde qui reçoit de l’assurance-emploi dans la région.

Bien que l’appel à manifester s’est fait rapidement sur le réseau Facebook, il est toujours décourageant de ne pas voir plus de gens et surtout d’employeurs pour dénoncer les mesures injustes du gouvernement. Et rappelons-nous bien que c’est Harper qui a commencé tout ça. Lorsque Trudeau se faisait séduisant pour gagner ses élections, il avait bien dit qu’il retravaillerait les nouvelles mesures. Mais à la place, il a vu le tas d’argent disponible provenant des cotisations pour mieux piger dedans en resserrant davantage les règles. Non mais, si ce n’est pas de l’hypocrisie je me demande bien ce que c’est !

Nous devons nous assurer que nos travailleurs saisonniers aient un revenu décent pour que notre roue continue de tourner. Je sais que plusieurs employeurs de Tadoussac ont de la misère à combler certains postes. Ce trou noir n’aide pas notre image et ça fait peur aux personnes de l’extérieur de venir s’établir ici et de contribuer à l’économie de notre région.

Et ça n’aide pas la STQ non plus et je m’explique en citant cet exemple :

Imaginons un couple avec un ou plusieurs enfants. L’un ou l’autre du couple est prêt à accepter les conditions d’emploi comme matelot à la STQ. Les conditions particulières de l’emploi sont des horaires variables : jour, soir, nuit, fin de semaine et aucune garantie sur le nombre d’heures, car cela dépend où vous êtes situé sur la liste.

L’autre personne du couple ne peut accepter de travailler de nuit et selon des horaires trop changeants. Ça ne convient pas avec les jeunes enfants. Donc cette personne prendra un autre emploi à Tadoussac, mais celui-ci est saisonnier. On lui dit qu’on peut lui offrir 800 heures de travail pour la saison. Les 800 heures de travail lui donneront entre 15 et 18 semaines d’assurance emploi, ce qui veut dire qu’elle doit accepter de ne pas avoir de revenu pendant 14 à 17 semaines environ.

Le couple décide donc de ne pas venir s’installer dans la région.

Dommage pour la STQ, elle a perdu un employé potentiel et dommage pour Tadoussac, qui a perdu la possibilité d’avoir une nouvelle famille.

Nous sommes tous reliés à cette cause même si nos situations sont différentes. Alors disons-nous tous « à la prochaine manifestation ! »

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