LE PONT ET SES PONTIFS

Par Dédé Troubley

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AUTOUR DE LA SOCIÉTÉ DU PONT SUR LE SAGUENAY

Félicitations au collègue chroniqueur Marc Pagé pour son texte sur ledit sujet. Recherche juste, abondante et propos intéressants dans le Tadoussacien no 3. Ce mois-ci, je reprends le flambeau, mais d’une façon plus simple et rationnelle.

Au-delà des millions en jeu, des discussions, de la hauteur du pont, de l’environnement, des emplois, des traversiers, du coup d’œil, du patrimoine, de la température, nommez-les toutes. Tout a été à peu près dit.

Sauf un aspect. Je n’ai jamais entendu parler du gros bon sens. Comme approche, je vous lance un défi de jouer le jeu. Si vous étiez premier ministre ou simplement ministre des Transports et que vous aviez plusieurs millions pour construire un pont, où est-ce que vous les dépenseriez ? Montréal, Québec ou Tadoussac ?

Habituellement, lorsqu’on construit un pont, c’est pour plus de fluidité en général. Entre autres, pour que les travailleurs entrent à l’heure le matin et qu’ils puissent arriver le soir à temps pour la garderie, le souper et les devoirs. Point à la ligne.

À Baie-Sainte-Catherine, nous sommes 200 personnes et à Tadoussac 820 personnes. On travaille quatre mois par année. La balance, on est en congé. Elle est où l’urgence ? Je comprends que ce n’est pas ça l’enjeu.

Présentement, de Tadoussac à Blanc-Sablon, nous sommes 92 541 personnes. Avec les 65 ans + (16 378) et les 0-14 ans (14 701), ce ne sont pas eux qui empruntent le plus la 138. Les citoyens de Baie-Comeau (22 113) et Sept-Îles (25 686), ce sont eux qui risquent le plus d’utiliser ce fameux pont. Avec huit jours fériés par année où tu peux aller en ville, compte tenu des distances, est-ce que ça prend un pont pour diminuer les heures d’attente ; surtout que le contournement par Chicoutimi rallonge seulement d’une heure ou un peu plus.

Je veux bien, comme le dit monsieur. Breton, gonfler le chiffre à 475 000 personnes en incluant Terre-Neuve, mais il reste que la couronne de Montréal, avec près de trois millions, a des kilomètres d’avance sur nous. Avec ce poids démographique, on ne fait pas la balance dans les besoins d’un pont.

Revenons à nos moutons. Encore une fois, si vous étiez responsable d’un état avec comme mission de pratiquer l’impartialité, de répartir la richesse et la justice, avec ces données citées plus haut, quelle décision prendriez-vous ? Bien sûr, je vais comprendre votre décision. Avec un mandat de quatre ans, votre but ultime n’est-il pas de vous faire réélire ? Pour cela, ça va prendre des votes, beaucoup de votes et où sont-ils ? Montréal, Québec ? Ou Tadoussac et Blanc-Sablon ?

En fin de compte, un pont sur le Saguenay c’est pour qui ? Pour les multinationales ? Peut-être. Compter sur eux pour enrichir et développer la Côte-Nord afin de remplir le trou noir ; nos 400 ans d’histoire ne nous l’ont pas prouvé à date.

Encore une fois, si vous étiez premier ministre, oseriez-vous leur demander de le financer puisque selon la Société du pont sur le Saguenay, ça ne coûte presque rien : 300 millions. Pourquoi c’est nous, payeurs de taxes qui doivent le financer ? Vous comme premier ministre, oseriez-vous leur demander une redevance sur le pillage qu’ils font de nos ressources naturelles pour le construire ? On comprend votre gêne à le faire. Avec les lobbyistes vous entourant, pas facile. Ça prend du guts en maudit pour le leur imposer.

Dans l’état actuel des choses, je crois que l’histoire du pont sur le Saguenay est une plateforme électorale. Marina Larouche de Chicoutimi en est une sorte d’exemple. Elle s’est battue pour reconstruire la route de la mort dans le parc des Laurentides. Elle a réussi ; bravo pour autant d’acharnement. Par contre, le thème de la route du parc, ça lui a donné 28 ans de pouvoir à l’Hôtel de Ville, sans compter tous ses acolytes qui s’en sont servis pour se faire connaitre et élire.

Présentement, ceux qui gravitent autour de la Société du pont sur le Saguenay, ça risque de bien les servir aussi. Militer pour un pont et refaire la 138 dans Charlevoix et la Côte-Nord est en soi un excellent combat. À raison de quelques kilomètres par année, pendant des générations, on va en voir défiler des maires et des députés. Surveillez, le prochain sera peut-être le préfet de Charlevoix et maire de Saint-Siméon.

Entre vous et moi, commençons par user la peinture des bateaux qui ne sont pas encore arrivés. Je suis d’accord pour la continuation du militantisme sur le pont du Saguenay pour la raison suivante : soyons fin prêts après que des centaines de millions de gallons de gaz naturel auront été brûlés et que des millions auront été donnés à la MIL Davie pour les réparer et sauver cette dernière de la faillite. Ce pont sera alors bienvenu, mais dans combien de temps ?

 Je retourne le jeu. Et si moi j’étais premier ministre avec un milliard de « lousse » dans mes poches. J’arrête tout cela et demande à monsieur Couillard un contact pour revendre les traversiers en Arabie saoudite, son pays d’adoption. Je me joins à monsieur Breton (pas le nôtre) et j’adhère à la Société du pont sur le Saguenay. Je les mandate d’engager la firme de la Scandinavie avec Pierre Brisset aux commandes. Je signe un contrat ferme de 300 millions en bonne et due forme et commence dès le lendemain la construction (voir l’article du journal Haute-Côte-Nord du mercredi 21 février 2018, page 3).

En assemblée publique, je vous dirais que les emplois perdus seront majoritairement récupérés pour l’entretien du pont. La balance sera transférée pour œuvrer dans leur domaine habituel. Avec leur compétence, ils pourront naviguer sur l’eau pour le plus gros excursionniste au Canada ou en Amérique pour certains. Des employés modèles, formés, capables de combler les offres d’emplois par cette dernière. Une main-d’œuvre locale pouvant assurer la pérennité de l’entreprise souvent aux prises avec un manque de main-d’œuvre.

Du haut de mon pouvoir :

Je vous convaincrais que notre seule économie c’est le tourisme.

Je vous révèlerais que notre principal produit d’appel ce sont les baleines qui sont cependant d’une certaine fragilité.

Je vous apprendrais que Tadoussac, c’est le berceau de la Nouvelle-France. Que sa richesse et sa valeur durable c’est son histoire, son patrimoine et sa culture qu’il faut conserver à tout prix.

Du même souffle, je vous avouerais la vérité ; que pour les conserver, la solution, c’est un pont sur le Saguenay. Garder intact le secteur de l’Anse à l’Eau, lieu privilégié qui fait partie de l’image de Tadoussac. C’est la porte d’entrée sur l’un des plus beaux petits villages du Québec, une des plus belles baies abritant le plus grand des petits festivals du Québec.

Je vous prouverais que presque le tiers du parc hôtelier se situe dans ce secteur. Le garder intact et vivant, c’est autant d’emplois sauvés. Pour sécuriser ceux qui veulent être expropriés, selon mon ami, j’offrirais de les racheter au prix du marché (selon les proprios concernés, ça ne vaut rien à cause du trafic de la 138) et d’en faire un lieu privilégié et paisible pour l’accueil des travailleurs saisonniers.

Dans un élan d’émotivité, je vous proposerais une dernière chance. En construisant un pont sur le Saguenay, ça veut dire libérer le quai de la traverse et offrir à la municipalité de corriger l’erreur monumentale du 11 juillet 2017. Jadis, il n’y a pas si longtemps, on disait d’un certain quai que c’était le poumon du développement économique, social, touristique et culturel de Tadoussac. Alors là, Tadoussac pourra se targuer d’être unique au monde ; non pas par sa biodiversité, mais sa bipolarité. Un environnement à deux têtes. Un parc marin et un parc terrestre, le tout encadré par deux quais ; l’un au privé et l’autre au public.

En récupérant le quai de l’Anse à l’Eau dans des conditions semblables au précédent (quai), mais plus bonifié, on pourrait relancer la prospérité et la revalorisation de ce secteur. Devenue tranquille, avec une pisciculture en ébullition avec ses quelques millions d’amélioration, l’Anse à l’Eau pourrait être le quartier de l’avenir. Un quai accessible ferait renaitre l’espoir. Plein de promoteurs avec des projets diversifiant l’offre pourraient venir s’y accoster pour la pérennité du village. Y avez-vous pensé ?

C’est ce que je vous offre aujourd’hui, ce 23 mars 2018.

C’est simplement une vision, soyez rassurés.

Je ne suis ni maire, ni député, ministre ou premier.
C’est juste un nom emprunté.
Je suis en réalité simplement DéDé. Troubley réveillé.

P.S. Longue vie à la Société du pont sur le Saguenay. Tant et aussi longtemps qu’on la laissera rêver et s’exprimer, ce sera la meilleure publicité à peu de coûts pour Tadoussac. Une aubaine ! Devenez membre pour soutenir sa pérennité et pour l’arrivée du pont en 3000… ? Que la paix soit avec vous !

 

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