Froid à l’âme

0
91

Dans ce lit qui autrefois était mien
Se trouve un homme bien mal en point
J’ai de la difficulté à l’accepter
En l’écoutant, j’ai envie de dégueuler
Cet inconnu porte sur ma femme de grands yeux vides
Lui ressasse des mots rassurants, d’un air placide
Pourtant, je sais, il sait, que son discours est un flot mensonger
Je le déteste, mais j’en ai tout de même pitié
Comment n’éprouver aucune empathie pour cette âme brisée?
Il est toujours accompagné de son boulet de souvenirs meurtriers
Chaque seconde est un rappel de ses amis laissés derrière
Chaque minute est une souffrance dédiée à cette guerre
Il est parti pensant pouvoir servir le bien
Est revenu avec la peur de n’avoir aucun lendemain
Là-bas, la vie, la mort, rien n’est certain
Je comprends la terreur de cet étranger qui a entendu tant d’explosions
Je comprends pourquoi il ne peut plus vivre d’émotions
À force de les côtoyer toute la journée
Son cœur s’est enveloppé de barbelés
Quand je vois cet homme avec mes enfants
Je sais qu’il ne sera jamais un père présent
Car les pertes humaines ne se comptent pas que par les corps
Non, puisque je ne suis pas mort
Je suis perdu très loin sur un champ de batailles
Jamais ma conscience ne rentrera au bercail
C’est pourquoi, dans mon lit, un homme impassible s’est installé
Pour ne pas dévoiler qui je suis : le soldat effrayé

Gabrielle Boutin

LAISSER UN COMMENTAIRE

Inscrivez voitre commentaire
Inscrire votre nom