Des chats et des oiseaux

Par Samuel Belleau

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Juncos ardoisés et Bruants à couronne blanche / Photo : Samuel Belleau

Il est bien connu que le secteur de Tadoussac est un haut lieu de migration pour les oiseaux. Au printemps et à l’automne, des centaines de milliers d’oiseaux traversent la région ou encore s’arrêtent afin de refaire le plein avant de reprendre leur chemin. On a qu’à penser à la tempête des kiocs (Juncos ardoisés) qui survient généralement en avril pour prendre conscience de l’ampleur de cette migration lorsque nos parterres sont envahis par des milliers de ces petits oiseaux gris et blanc qui grouillent sur le sol à la recherche de nourriture. Si le spectacle fait la joie des ornithologues ou des contemplatifs de la nature, il fait aussi la joie de chats errants et domestiques qui se promènent autour des habitations…

Selon une étude publiée en 2013 par Environnement Canada, on estime qu’environ 204 millions d’oiseaux (entre 105 et 348 millions) seraient annuellement tués au Canada par les chats. Le chiffre est énorme ! Et aux États-Unis on estime que le nombre dépasserait les 300 millions. Sur la planète, les chats seraient directement responsables de la disparition de 33 espèces d’oiseaux… Même s’il est bien nourri par ses maîtres, on estime qu’un chat domestique tuera en moyenne entre 5 et 10 oiseaux par année. Un chat errant : entre 30 et 50. Et je ne serais pas surpris d’apprendre que dans un lieu migratoire comme Tadoussac, où l’on peut voir des milliers d’oiseaux (parfois affaiblis) joncher nos parterres lors des fortes journées de migration, que le nombre d’oiseaux tués par les chats serait supérieur à cette moyenne canadienne. En tout, on estime que les chats causent la mortalité de près de 5 % de la population totale d’oiseaux canadiens par année. Certains diront que c’est peu, mais lorsque l’on regarde le problème espèce par espèce, on s’aperçoit que les chats auront un impact davantage significatif sur les bruants, les tourterelles, les mésanges et les fringillidés plutôt que sur les rapaces et les hérons par exemple. Les oiseaux qui traînent autour des habitations et des humains en faits…

À QUI LA FAUTE ?

Il faut bien comprendre que le but ici n’est pas de démoniser les chats. Il ne suffit que de s’amuser avec un laser ou un bout de ficelle pour comprendre à quel point l’instinct de chasse habite les félins ! C’est de leur nature. Mais le chat (Felis silvestris catus) n’est pas originaire d’Amérique et était complètement absent du territoire avant l’arrivée des européens il y a à peine 500 ans. La cause est donc bien humaine et il est de notre responsabilité de faire en sorte de réduire l’impact qu’ont les chats sur les populations d’oiseaux indigènes, mais également sur toute la faune.

Afin de trouver des solutions à cette problématique tout aussi locale que nationale, le Regroupement
QuébecOiseaux s’est joint à une coalition pancanadienne d’organismes œuvrant sur le sujet à travers le Canada (une initiative de Nature Canada), et dont le site de la campagne de sensibilisation www.deschatsdesoiseaux.ca offre beaucoup d’informations et propose des actions tant au plan individuel que municipal.

Pour les oiseaux, vous pouvez toujours les aider en mettant une clochette au collier de votre chat s’il va à l’extérieur. Si vous avez des mangeoires ou un nichoir, placez-les à au moins deux mètres du sol sur un poteau lisse en métal ou en PVC auquel les chats et les autres animaux tels que les ratons ne pourront grimper. Un cône antiprédateur peut également être installé, ce qui bloquera la route aux intrus à quatre pattes (même les écureuils). On peut utiliser ce même genre de cône quand on veut protéger un nid dans un arbre. Lors des journées de forte migration ou si vous remarquez que des oisillons sont nés et qu’ils font leur apprentissage de la vie dans votre entourage, vous pouvez également garder votre chat dans la maison pour quelque temps. Finalement, la stérilisation de nos chats domestiques et errants est probablement la meilleure solution afin de contrer l’augmentation des chats errants dans la nature et, par le fait même, la prédation sur les oiseaux et la petite faune en général.

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