Dossier Réaménagement de la route 138

Par Marilyne Gagné

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5On la voit venir depuis longtemps. La venue des nouveaux traversiers à Tadoussac a fait beaucoup jaser. Encore plus maintenant, en cette fin d’année, après six ans de pourparlers, le nouveau conseil municipal aura à statuer.

Tout d’abord, on pourrait se demander comment ça se fait que de nouveaux traversiers passant d’une capacité de 70 voitures à 110 ont été commandés avant même que le réaménagement de la route soit planifié et accepté par la population. Peut-être que le ministère des Transports (MTQ) a jugé qu’il n’y aurait pas de problème à ce niveau. Le but de cet article n’est pas d’analyser les raisons du pourquoi qui ont déclenché ce processus. On en aurait sûrement long à dire et l’on déplorerait l’agissement de nos gouvernements et des différents ministères. Le but de cet article est plutôt d’analyser comment cette situation nous affecte.

À la dernière réunion du conseil municipal, tout comme à celle du mois d’octobre, quelques commerçants installés près des traversiers ont signifié leur mécontentent face au déroulement de ce dossier. Ils blâment l’ancien conseil de ne pas avoir donné suite au MTQ, d’avoir manqué de transparence et de ne pas avoir réglé ce dossier plus rapidement. Ce qui leur cause apparemment des problèmes. Ils affirment que de fausses informations circulent dans le village et menacent de fermer boutique et de poursuivre la municipalité.

Le mandat du journal étant d’informer la population sur les enjeux importants, essayons de décortiquer ce dossier afin que les citoyens du village possèdent les informations pertinentes avant que la population soit consultée. À ce jour, nous ne savons pas s’il y aura une réelle consultation ou seulement une rencontre d’information après que la décision aura été prise. Peu importe le projet final, le nouveau réaménagement de la 138 changera à jamais cette partie du village : la porte d’entrée de la Côte-Nord. Comme l’a dit notre nouveau maire lors de l’entrevue préélectorale :

« C’est une partie importante du village où il y a une capacité importante d’hébergements. Si l’on perd ça demain matin, c’est beaucoup d’entreprises qui vont voir leur chiffre d’affaires diminuer. Il faut voir à ce que ce soit bien fait. Il faut s’assurer que le ministère des Transports explore toutes les avenues pour que ce soit quelque chose dont on sera fiers au lieu d’en être gêné. Il faut avoir un œil là-dessus. Un coup parti, la machine sera dure à arrêter. C’est un coin intéressant à développer avec le lac. Il faut améliorer ce coin-là et non le contraire. » 1

L’aménagement actuel

En partant au bas de la côte près du traversier, le côté ouest :

(le nombre entre parenthèses représente l’année de construction, les dollars représentent le montant des taxes en 2017 de chaque résidence ou commerce)2

1. Les toilettes et les bureaux de la STQ,
2. le lit d’arrêt d’urgence
3. le stationnement de la pisciculture avec ses deux bâtiments (1875) / Patrimonial
4. l’hôtel Georges (1838) 32 112,11 $  / Patrimonial
5. l’auberge Maison Gagné appartenant à Mme Claire Gagné 10 680,55 $
6. la maison de M. Benny Beattie (1865) 3 617,87 $  / Patrimonial
7. la maison Molson-Beattie (1860), lieu de l’ancien musée maritime et les 2 hangars de bois abritant une collection unique rassemblant 1700 objets3  historiques appartenant à Héritage Canadien du Québec 4 865,29 $ / Patrimonial
8. la maison de M. Pierre Simard (Thérèse Patterson) 2 289,80 $
9. les Suites de l’Anse et la maison Gauthier (1926) appartenant à M. Paulin Hovington 18 948,40 $
10. l’accès au lac de l’Anse à l’eau : ce côté du lac sera bientôt transféré à la municipalité.

Le côté est :

1. un stationnement et un hangar appartenant à la STQ
2. la voie en porte-à-faux pour les motoneiges
3. un cabanon de la pisciculture
4. le stationnement SEPAQ/municipal
5. la maison de Mme Édith Savard
6. 7 logements (ancien poste de police), tous loués, appartenant à MM. François Therrien et Ken Gagné
7. le café du Fjord et l’Auberge de Jeunesse appartenant à M. André Tremblay
8. l’entrée du village

La route a cinq voies : l’une réservée à la circulation locale quand il n’y a pas de neige à certains endroits, deux entrées pour les traversiers et deux sorties. La largeur des voies n’est pas conforme. En effet, en sortant des traversiers, lorsque les camions lourds et les voitures se doublent à une certaine hauteur dans la côte, ils se retrouvent souvent à déborder sur la voie descendante. Cette problématique est bien sûr connue du MTQ.

Le projet et sa complexité

C’est la Société des traversiers (STQ) qui formule ses besoins au MTQ qui lui, voit à la réalisation du projet.   Le chargement des voitures sur ces nouveaux traversiers sera plus long en période estivale lorsque la demande sera assez forte pour combler toutes les places. La STQ doit donc charger les bateaux à toute vitesse afin de ne pas causer de délai supplémentaire et offrir les traversées toutes les 20 minutes ; surtout pendant les périodes de grand achalandage.

De plus, la STQ déroge actuellement à la norme de Transport Canada (TC) qui demande, question de sécurité, que les usagers soient triés avant d’embarquer sur les traversiers. Ce qui n’est pas le cas présentement. Le triage doit se faire lors du passage d’une guérite où le nombre de passagers est compté et où tout véhicule transportant des matières dangereuses est déclaré avant d’être placé au bon endroit sur le bateau. Cela afin de mieux réagir face à une situation d’urgence sur les bateaux. TC n’accordera plus de dérogation à la STQ avec la venue des nouveaux traversiers.

Pour répondre à la fois aux exigences de TC et à la rapidité du chargement des navires, la STQ a pensé, comme scénario, à aménager un stationnement hors route qui emmagasinerait au moins la capacité totale d’un navire, soit 110 voitures. Le MTQ a donc regardé les possibilités d’aménager un stationnement en plus de corriger les voies d’entrées et de sorties des traversiers tout en se conformant aux normes actuelles en matière de sécurité des usagers de la route.

Plusieurs scénarios ont été étudiés pour implanter le stationnement. Du haut de la 138 (trop loin), du milieu (trop cher) jusqu’au bas. L’un des scénarios propose de l’installer le plus près possible des traversiers, ce qui réjouit certains commerçants qui désirent être expropriés.

Les demandes de la municipalité

Lorsqu’en 2013, le MTQ a présenté un premier scénario d’aménagement à la municipalité, le projet consistait à corriger le tronçon de la route à partir des traversiers jusqu’à la rue des Érables, complètement en haut, dernière rue à la sortie du village. Le Conseil de l’époque avait découvert une série de problèmes et demandait au MTQ que ces problèmes puissent être corrigés ou du moins considérablement améliorés pour que le projet soit accepté.

Voici les points importants qui ne sont pas nécessairement en ordre de priorité :

• la sécurité

• le bruit

• l’amélioration des entrées principales du village (rue des Pionniers et des Forgerons)

• la conformité de la largeur des voies

• l’accès aux commerces de façon sécuritaire

• des aménagements qui respectent l’importance du caractère touristique et patrimonial de Tadoussac

• Conserver les bâtiments patrimoniaux et si possible, les mettre en valeur

Le conseil n’a cessé, depuis le début, de marteler au MTQ que Tadoussac vit uniquement du tourisme et que l’aspect de l’entrée du village est primordial. Tadoussac n’est pas seulement un petit village touristique, c’est la 3e destination touristique au Québec, c’est le plus vieux village, le berceau du pays. Ce n’est pas rien. Tant qu’à faire un aménagement, mieux vaut le faire une fois et de la bonne façon. C’est le message qui a toujours été véhiculé de la part de la municipalité.

Changement en cours de route

En 2014, après la présentation de quelques scénarios, à cause d’une contrainte de budget, le MTQ annonce que le projet de réaménagement de la route ne se fera plus sur toute la longueur jusqu’à la rue des Érables. Le projet se fera des traversiers jusqu’à la première entrée du village, rue des Pionniers. Le reste pourrait se faire dans une autre phase ultérieurement.

La Municipalité a vu ses possibilités d’amélioration fondre et depuis les quatre dernières années, tout au plus quatre scénarios sérieux ont été proposés au conseil municipal et aucun d’entre eux ne réglait l’ensemble des problématiques.

Peu importe le scénario, la Municipalité tient mordicus à ce que l’aménagement ait le moins d’impacts négatifs possible pour l’ensemble du village et c’est pour cela qu’aucun scénario n’a été retenu jusqu’à maintenant.

Les points sensibles

Dans le secteur concerné par le réaménagement de la route, on dénombre cinq promoteurs privés, deux institutions et trois maisons privées.

Le point sensible de chaque côté :

– Le côté ouest regroupe quatre bâtiments patrimoniaux, trois commerces qui offrent, pendant l’été, 67 chambres à louer pour une capacité maximale de 193 personnes (11,7 % de la capacité totale de Tadoussac)4 , une résidence habitée à l’année et une autre résidence habitée de façon saisonnière.

• Le côté est offre un immeuble de sept logements pour 8 personnes et une résidence habitée à l’année.

Les commerces de M. André Tremblay ne sont pas touchés dans les scénarios qui ont été proposés jusqu’à maintenant, mis à part un empiètement sur le stationnement. Mais encore là, ce n’était que des scénarios qui n’ont pas été approuvés.

Les revendications des trois commerçants

Les trois commerçants du côté ouest se sont fait entendre à maintes reprises par différents moyens et réclament l’expropriation de leurs commerces et qu’on y implante le futur stationnement. C’est la seule option pour eux.

Lors de la dernière rencontre municipale, leur représentante a déclaré que les bâtiments patrimoniaux n’ont de valeur que sur la liste municipale et que cette valeur est plutôt sentimentale. Selon elle, le parc de chambres à louer pourrait être relocalisé ailleurs dans le village et si les commerces ne sont pas expropriés, ils fermeront de toute façon. Selon elle, la situation est intenable.

La valeur des bâtiments patrimoniaux, plus que sentimentale

Le quartier de l’Anse à l’Eau est historiquement riche selon un document de Mme Joëlle Pierre, passionnée d’histoire, dont le texte Tadoussac : à la croisée des eaux est conservé par Érudit, un consortium interuniversitaire entre l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal :

Le quartier de l’Anse à l’Eau témoigne éloquemment du développement du village. C’est dans ce secteur que William Price a installé son moulin à scie en 1838. D’architecture classique, ce moulin allait devenir une station piscicole en 1875. Juste à côté, l’Hôtel Georges (1838) est coiffé d’une coupole originale d’où le surintendant des Price, M. Pentland, surveillait, dit-on, les employés du moulin. Derrière le Musée maritime se cache une des collections les plus prestigieuses du patrimoine de la région : la collection Molson-Beattie5.

Si la proposition retenue, comme le désirent fortement certains commençants de ce quartier, est d’exproprier tous les bâtiments à partir de la Maison Gauthier jusqu’à l’Hôtel Georges, il sera difficile de relocaliser tous les bâtiments patrimoniaux.

Rappelons-nous aussi que le 13 septembre 2014, Luc Ferrandez, maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, lance un cri du cœur dans La Presse et se positionne contre la démolition des bâtiments patrimoniaux6 :

« Tadoussac est l’un des derniers lieux vraiment significatifs chez nous. La beauté naît et s’élève grâce à un cumul de petites choses, en commençant par les modestes implantations qui nous ont précédés ».

« Je vous prie du fond du cœur, écrit-il, d’envisager des solutions aux problèmes de stationnement sans pour autant appauvrir l’expérience du visiteur. »

Le maire de l’époque, M. Hugues Tremblay, a remercié le maire Ferrandez « de ne pas s’être mêlé de ses affaires » et pour son attachement à la beauté des paysages et du patrimoine du Québec7

Tout récemment

Lors de la dernière réunion publique du conseil municipal, le conseil a lancé un avis de motion pour scinder la zone 23CH, zone touchée par le réaménagement de la route. Une nouvelle zone serait créée, 66-P, et engloberait une partie du côté est, de l’Auberge au stationnement SEPAQ/municipal, là où des aménagements pourraient être faits.  Ainsi, à partir de l’avis de motion du 11 décembre 2017, toutes les nouvelles demandes de permis dans ce secteur sont bloquées.

Le processus légal suivra son cours. Il y aura une rencontre publique, signature de registres jusqu’à la troisième lecture du règlement. Seulement les gens de la zone 23-CH, 06-C et 02-CN pourront voter sur ce changement.

La Municipalité explique que ce changement est nécessaire et que ça laisse place à toutes les possibilités des deux côtés de la route. Ce qui veut dire que le Conseil s’ouvre à toutes les options.

Les prochaines étapes de ce processus seront communiquées par la municipalité.

Rencontre avec le MTQ le 18 décembre 2017

La municipalité a rencontré le ministère le 18 décembre. Le maire et un conseiller étaient présents pour faire part au MTQ de leur questionnement vis-à-vis le dernier scénario qui a été présenté. Ce dossier est toujours à l’étape d’analyse et de remise en question de certaines propositions apportées de la part du MTQ.

Ce que le maire nous dit, c’est qu’il y a encore beaucoup de questions. Le MTQ est reparti sur la table à dessin avec les suggestions et commentaires de la municipalité et il faut attendre une prochaine rencontre. Il n’y a pas lieu présentement de croire que tel ou tel scénario a été priorisé pour le moment. La sécurité doit primer avant tout et ce n’est pas évident de trouver une solution miracle dans ce coin-là.   Tadoussac est prise avec un problème de manque de territoire et comme c’est un lieu historique important, ce projet est extrêmement complexe.

La suite

Le maire espère avoir au moins deux scénarios qui seront présentés à la population, mais sans aucun doute, aucun des scénarios ne fera l’unanimité. Il est évident qu’après les travaux, ce quartier sera changé à tout jamais. Et pour toutes ces différentes raisons, toutes les possibilités doivent être analysées méticuleusement afin de bien répondre aux besoins de la STQ en plus de régler les problèmes de la municipalité. Dossier à suivre.

1 Journal le Tadoussacien, volume 1 numéro 1, page 3

2 Information obtenue par la municipalité

3 Pierre. J. (1999). Tadoussac : À la croisée des eaux. Continuité, (80), 29-33

4 Les chiffres proviennent d’un document fourni par le département touristique de Tadoussac sur l’hébergement touristique de Tadoussac 2017, 572 est le nombre total de chambres disponibles en 2017 avec une capacité de loger 1472 personnes.

5 Pierre. J. (1999). Tadoussac : À la croisée des eaux. Continuité, (80), 29-33

6 La Presse, 13 septembre 2014, Ferrandez contre l’aménagement d’un stationnement… à Tadoussac

7 La Presse, 25 septembre 2014, Le Maire de Tadoussac rassure Ferrandez

Lettre envoyée à la municipalité

2 Commentaires

  1. Je ne comprend pas la nécessité de construire ce pont. Et le lobby de nord-côtiers qui pousse pour ce projet n’ont en fait rien de bien original à proposer que toujours plus d’infrastructures de transport à très grands coûts. Il y a le coût du pont comme tel et il y a aussi le coût de l’entrée et de la sortie de ce pont qui vont coûter autant que le pont lui-même. Si jamais ce pont ce fait, il est certain qu’il n’y aura plus de traversier entre Tadoussac et Baie-Ste-Catherine. Les traversiers créent fournissent depuis toujours des emplois aux locaux et constituent au rite de passage qui permet de s’arrêter pour observer le magnifique Saguenay. Quelle est au juste l’urgence de traverser l’embouchure du Saguenay à toute vitesse ? Des aménagements pour améliorer l’entrée et la sortie du traversier sont toujours possible, mais il est tout de même possible de vivre avec la réalité de cette traverse à toute période de l’année.

  2. Je crois qu’on a assez payer pour les travaux mal fais et que la solution serais de garder un traversier pour l’aspect touristique et de construire un pont comme.ca ceux qui veulent visiter tadoussac et profiter des ses atret touristique pouvais le faire et ceux qui veulent continuer leurs routes sans s’arrêter pourrais le faire ces pas en réaménager la 138 et des nouveau traversier que vous aller régler le problème vous allez.plustot l’emploi fier parce que plus gros traversier égale plus gros achalandage donc plus de casse tete

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