TROU DU DIABLE

Par André Tremblay

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Le Diable est aux vaches

Ça brasse dans le monde des micros. Pas comme on le pense. Molson vient d’acheter la micro Le Trou du diable de Shawinigan.

Depuis quelques années, une explosion est survenue dans le monde des micro-brasseries. On a l’impression qu’il en nait une par mois. Aujourd’hui, nous en dénombrons plus de 174 au Québec. Eh oui, c’est la grande mode. Si tu ne bois pas de la micro, té pas in. Nos vieilles bières, cé pu buvable, cé trop cheap selon le dicton. Une sorte de conflit de générations.

Maintenant à 8 $-9 $ la bouteille, la bière a bien meilleur goût, ma chère. Nos jeunes loups brassicoles ont à ce jour enlevé plus de 12 % du marché à nos Opulents (broweries d’antan). Plusieurs se soucient de la disparition de nos multinationales : Labatt, Molson, Sleeman, etc. face à l’engouement des micros. Avec raison, puisque probablement que dans 20 ans, nous serons tous consommateurs de micro-brasserie. Mais à qui appartiendront les micro-brasseries ?

On ne vient pas impunément jouer dans la cour des grands capitalistes. Avec leurs milliards accumulés à même nos poches pendant des générations, il ne faut pas les compter pour battus. Pour eux, peu importe le goût de la bière, faut avant tout que les profits aillent toujours dans les mêmes poches.

On aurait pensé qu’ils se seraient lancés corps et âme dans la compétition avec les micros en essayant d’innover et de créer. À même leurs fonds ? C’était trop cher à leur goût. Pourquoi emprunter cette voie puisque les maîtres dans ce domaine sont les jeunes audacieux qui osent présentement et les autres qui rêvent de brasser de la bière toujours plus originale et de qualité. Pourquoi investir inutilement ? Il y a actuellement plein de petites micros financées à coup de subventions par l’argent des citoyens au nom du développement durable. Sans rien faire, avec leurs milliards, leur stratégie est simple pour garder 90 % des parts du marché : acquérir à gros prix des micro-brasseries émergentes qui par leur habileté ont su se faire une plus grande place au soleil dans le domaine de la distribution. C’est ainsi que Sleeman a acheté Unibroue à Montréal, Labatt, Archibald à Québec et dernièrement, Molson, Le Trou du Diable ; la fierté de la Mauricie.

Quel patron refuserait de voir son avenir assuré mieux qu’il pourrait le faire, comment dire non lorsqu’on te promet de maintenir les emplois et la fierté rattachés à ton entreprise ? Qui

ne serait pas fier de voir son produit progresser dans les lois du marché ?

Les grandes multinationales ont développé entre elles ce que nous sommes incapables de faire : l’esprit de solidarité. On a beau être concurrents, tout ce beau monde capitaliste couche dans le même lit. Ils ont ensemble le contrôle de la distribution dans les grandes surfaces, les épiceries et les bars.

L’individualisme, l’esprit de compétition et du « faire mieux que le voisin », est le talon d’Achille des micro-brasseries. Même avec un pseudo regroupement, ce n’est pas pour demain qu’ils convaincront les Walmart et Costco de céder la majorité des 90 % de l’espace des grandes surfaces aux plus petits. Quand les petites micros pourront-elles se payer les premières rangées dans les épiceries ? Dans les bars, avec leurs coûts de production élevés, comment pourront-elles offrir des deals (comme 1 gratuite à l’achat de 3) ?

Le jour où la solidarité des micro-brasseries trinquera à la disparition des multinationales, nous pourrons, de notre côté, rêver à un pays indépendant. Alors, tous en cœur, Québécois et Québécoises, chantons : qui prend bière prend pays !

D’ici là, il n’est pas loin le temps où l’on pourra boire des micros savamment produites par des Québécois. Par contre, sachons que les profits continueront à 90 % à alimenter les mêmes multimillionnaires (Labatt, Molson et Sleeman). Notre argent pourra ainsi continuer à nous appauvrir en prenant le chemin des abris fiscaux avec l’accord de nos bons gouvernements.

Que nous réserve l’avenir ?

Le 10 % des parts du marché qu’il reste demeurera entre les mains de nos petits Québécois et servira à nous berner sur ce grand ensemble du monde brassicole. N’ayez crainte, À l’abri de la Tempête continuera d’alimenter le milieu des Îles-de-la-Madeleine, la Pit Caribou, la Gaspésie, la Chouape, le Lac-Saint-Jean, La Voie Maltée, le Saguenay, etc. On appellera cela un marché de proximité permettant à quelques micros de bien vivre.

Pour la balance, ils porteront tous des noms originaux québécois. À 7, 8 ou 9 $ la bière dans nos régions dévitalisées, il y aura toujours une grande place pour les gros brasseurs. Ils s’arrangeront bien pour nous faire boire comme tout le monde de la bière de micro-brasserie à bon marché. C’est ainsi que, selon moi, les profits des 90 % du marché des grands continueront de s’envoler dans les paradis fiscaux. À Tadoussac, pas de crainte pour la plus petite brasserie locale au Québec.

Tant et aussi longtemps que la pérennité du plus grand des petits festivals sera assurée, tant et aussi longtemps que Tadoussac demeurera la troisième destination touristique au Québec, notre argent investi dans la MICROBRASSERIE DE TADOUSSAC pourra toujours s’envoler dans notre paradis d’investissements locaux.

Continuons, comme des DIABLES dans l’eau bénite, à lutter pour se réapproprier et garder le peu qu’il nous reste : la Pointe-de L’Islet, le lac de l’Anse à l’Eau, les dunes, la pisciculture. Arrêtons de vivre avec des baux !

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