DÉVITALISATION

Par André Tremblay

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UQAR –
Archives régionales,
Fonds de la Corporation
d’information pop. de l’Est du Québec (UQAR-79-07-13.8).

On aura beau inventer toutes sortes de bonnes raisons, mais il faudra toujours accoler ce mot à notre région. Fermer la plupart des lits disponibles du premier étage du Centre de santé des Escoumins pour n’en garder que six en dépannage faute de médecins traitants, ça s’appelle DÉVITALISATION. Un autre incitatif insidieux pour fermer les villages et les régions dont la rentabilité n’est pas au rendez-vous des économistes. Vive le système capitaliste dans lequel nous vivons.

Vouloir repenser le système, vouloir espérer répartir la richesse qui appartient à 1 % des biens nantis pour se faire traiter de gauchiste, d’anarchiste et de rêveur, je préfère appartenir à ces trois catégories.

Combien parmi nos inquiets, pour leur santé, vont déménager en ville ? Combien de jeunes couples vont vouloir venir s’établir dans un coin où il faudra faire plus de 100 km pour accoucher ou faire soigner leur enfant ? Pour combien de temps encore accepterons-nous de mettre l’avenir de nos enfants dans une polyvalente qui se classe dans la partie inférieure du palmarès des écoles secondaires au Québec.

Est-ce que vouloir vivre ici, c’est accepter de mourir à petit feu ? Non !!! Il faut se mobiliser, crier, hurler ou même kidnapper un traversier s’il le faut. En se taisant, on accepte d’être les complices d’une étude du BAEQ (Bureau d’aménagement de l’Est du Québec) dans les années 1950. Il était arrivé à la conclusion que tous les petits villages non rentables devaient être fermés, point à la ligne.

On voulait éliminer ainsi, quelque 81 localités et planifier de relocaliser 65 000 personnes à Rimouski, Matane et Sainte-Anne-des-Monts. Il a fallu que les trois curés des trois paroisses se mobilisent pour lancer les opérations « dignités » regroupant Saint-Juste, Auclair et Lejeune.

Manifestation de Sainte-Paule
22 septembre 1970
5000 personnes réunis
Manifestation à Esprit-Saint
15 août 1971
6000 personnes réunis

Bien sûr, pour les appuyer, les gens sont descendus dans les rues partout au Québec pour s’opposer à la fermeture des régions dans les années 1970. J’avais personnellement débrayé à Montréal avec mes étudiants. Les gouvernements ont reculé, mais le système s’y est pris autrement par des mesures insidieuses et discrètes pour arriver à ses fins. Entre autres par l’assurance-chômage et la diminution des services de base en région.

En guise de conclusion, voilà un beau dossier pour nos nouveaux élus. N’ayant plus de curés ni d’églises pour monter aux barricades afin de nous mobiliser, nous ne devons compter que sur nos propres moyens. Nous sommes collectivement sclérosés par notre individualisme : le défi est de taille. Est-ce que ce sera nos mairesses et nos maires qui feront office de vicaires dans cet épineux problème de DÉVITALISATION ?

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