Les pages de Dédé Troubley

Par André Tremblay

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Un nouveau journal voit le jour à Tadoussac : LE TADOUSSACIEN, un dérivé du REFLET et du MIROIR.

Tout ça a commencé il y a plus de quarante ans à la suite suite de la formation du premier comité de citoyens dans l’histoire de Tadoussac. Il était articulé autour d’ Octave Caron, qui ne voulait pas être identifié car il était le maitre de poste. En avant-scène, des gens comme Fernand Caron, Pierrette Lapointe, Bertrand Therrien ainsi que Gaby et Reine Villeneuve, puis André Tremblay accompagné de Lorraine Leduc (une étrange). Des anciens qui revenaient dans leur  village natal après un trip dans la grande cité pour s’éduquer.

REFLET NO. 1 : Il est né à peu près dans les mêmes circonstances qu’aujourd’hui. Quelques mois avant  les élections, un groupe de citoyens s’était formé pour réfléchir à l’avenir du village avec un ferme désir de changement face à l’administration de l’époque : Lionel Dallaire.  Une vision différente du développement touristique, social, culturel, patrimonial et économique axée sur la prise de possession de nos structures au service des citoyens. « Fini d’être des valets au service du grand capital. Prenons nos affaires en main une fois pour toute. Faut se faire confiance, on est capable de tout ! » qu’on se disait. Pour faire connaitre leurs idées, ils s’étaient offert un journal communautaire : Le Reflet de Tadoussac. Le pendant d’un ex-journal clandestin, La Toupie, publié par un groupuscule formé de Thomas Maher, jeune enseignant et de Colette Savard. Imprimé la nuit sur des stencils à l’alcool, c’était la Commission Scolaire qui en assumait les frais. Vous comprendrez qu’il n’y a eu que quelques numéros. Ici à Tadou, on ne peut rien se cacher, tout se sait…

Lors de la première édition, si ma mémoire est bonne, c’était un jeune du secondaire, Bruno Therrien, (ben oui le même qui se représente aux prochaines élections après avoir déjà fait 4 mandats) qui avait illustré la page couverture. Il avait dessiné un curé pieds nus parce que la Fabrique n’avait pas voulu prêter quelques chaises pour le bingo au centre des loisirs. Tout un exploit! Un édito mettait le point sur un scandale. Grâce à des subventions, on faisait des demandes à qui mieux mieux pour acheter des lots de chaises pour les loisirs, l’école, les fermières, l’âge d’or, le salon funéraire et la salle municipale. Une vraie tour de Babel. On était rendus avec quatre fois plus de chaises que de citoyens dans le village. « Pourquoi ne pas se les prêter ? » qu’on disait à l’époque. Déjà, on commençait à parler d’écologie, de freiner la consommation et de rationaliser l’argent qui venait des Québécois. Cette première parution avait fait scandale dans le village. Non pas pour ses propos mais pour avoir osé déchausser le curé.

Cette aventure du Reflet a duré des années avec deux parutions mensuelles. Pierre Rambaud, oui oui, toujours notre poète national, était notre mentor. Autour de lui est né la grande famille des journaux communautaires dans la région. Tadoussac était devenu le haut lieu de l’imprimerie et des réflexions collectives. On n’a qu’à penser au journal des Escoumins, à NOUVELLE D’ICITE de Portneuf, à ÇA ME DIT DE LIRE de Sault-au-Mouton, au MAILLON des très Grandes-Bergeronnes, au BRACONNIER ou à l’HORIZON de Sacré-Cœur et évidemment, au REFLET de Tadoussac. C’est ce même individu qui nous a prédit l’arrivée du premier ordi (Mac) qui allait menacer notre survie. Attablée, une seule personne entrait les données, faisait le traitement de texte et la mise en page. La douzaine de citoyens qui se réunissaient plusieurs fois par semaine pour dactylographier, découper des images, faire les dessins, le graphisme, etc., tout en placotant de l’actualité et en rêvant à l’avenir du village pour un monde meilleur se sont sentis quelque peu inutile et le comité de citoyens a sombré dans l’oubli, victime des temps modernes et de la technologie.

Pendant toutes ces parutions, vous aurez deviné qu’Octave a prit le pouvoir comme maire. Ultra conservateur, il savait bien compter les sous. Il a administré la municipalité comme son portefeuille. Empreint de justice, il nous a laissé un héritage : des murs de pierres pour sa pérennité. A suivi son beau-frère, Thomas Maher. Audacieux, visionnaire, il ne s’enfargeait pas dans les fleurs du tapis. Maitre de la pensée unique, il a tout bousculé durant son règne. En héritage, il a sauvé la fresque de la Collection Coverdale de l’hôtel Tadoussac, a redonné la marina aux citoyens du village, elle qui était en train de passer entre les mains d’étrangers, a ouvert l’école aux citoyens après les heures de classe pour utilisation et a lancé en grande pompe l’industrie de la baleine. Avec 10 locaux, ce fut l’aventure du Pierre de Chauvin et du Grand Fleuve. Il fut le premier à déclencher la guerre des baleines (pots de peinture et blocs de ciment) contre les envahisseurs capitalistes qui voulaient venir s’installer dans notre milieu pour nous pomper notre argent. Coup de pouce extraordinaire aux petits GREMMELINS comme il les appelait. Durant la nuit du marchandage de subventions à Forestville, il a réussi à barguiner un million pour Tadoussac afin de construire le CIMM. En prime il a offert les terrains de la Cale Sèche pour le construire moyennant quelques sièges sur le CA pour représenter les locaux. On ne bouge pas les choses sans casser des œufs. Je laisse le soin à d’autres plus pessimistes de poursuivre l’histoire du personnage.

Durant cette période, nous avons eu droit aussi à un autre personnage fort coloré du milieu. Gérant de la pisciculture, gérant de la Caisse il ne lui manquait que celui de maire pour la triple couronne. Jacques Boulianne, qui parlait plus vite qu’il pensait, était partout à la fois. Son règne est à souligner pour son rôle d’ambassadeur pour le développement touristique de Tadoussac. Son fait d’armes a sûrement été l’achat de la maison Sylvio Gagné. Supposément destinée aux Hells Angels, elle est devenue la Maison du tourisme.  Un immense trophée dont on ne sait quoi  faire aujourd’hui…  et pourtant, Tadoussac est la troisième destination visitée au Québec.

Pour couper court, revenons à l’époque contemporaine du village. Pierre Marquis, par entêtement et par désir de garder les infrastructures pour nous, nous a imposé une caserne de pompiers et un poste de police dans le plus beau coin du village malgré une certaine opposition. En contre partie, il a exaucé le vœux de ses citoyens.  Par le biais d’une pétition signée à 110% , il a obtenu le quai de la baie (en notre nom) considéré comme le poumon de notre développement touristique et social pour les générations futures. Avec notre mandat en poche, grâce à sa ténacité, tous les autres magnats ont dû lâcher prise.

Quel nom devra-t-on inscrire sur ce fameux quai dans l’histoire de Tadoussac? Pierre Marquis, pour l’avoir acquis pour ses citoyens en 2011 ou Hugues Tremblay, pour l’avoir cédé le 11 juillet 2017 à AML avec une exclusivité pour 20 ans ?  Seule l’histoire nous le dira …

Dans quelque années, que dira-t-on de nos nouveaux élus?
On glorifiera peut-être ceux qui auront eu l’audace de conserver le peu de terrains qu’il nous reste (Lac de l’Anse à l’Eau, Pointe de l’Islet et Dunes) pour du développement durable dans un esprit de conservation en collaboration avec les deux parcs existants. Porteront-ils l’odieux d’avoir morcelé le reste du territoire pour le donner en gestion à la SÉPAC, gelant par le fait même tout développement futur face à la mono-industrie de la baleine menacée par les changements climatiques et l’humeur du pétrole?

Peut-être aussi par manque d’audace, d’opposition et d’imagination face au ministère des transports, attribuerons-nous la responsabilité d’avoir créer la pire cicatrice de l’histoire dans un village patrimonial avec la route 138.

Demain 2050, peut-être allons-nous glorifier nos élus parce qu’ils ont été visionnaires en transformant un jeune CPE (2017) en hospice de vieux. Tout ça parce qu’on a laissé un village se dévitaliser, se vider de nos jeunes en oubliant de créer des conditions gagnantes pour attirer des migrants à prendre la relève. (Selon Statistique Canada, notre population a diminué de 8% ces dernières années. On est en-dessous de la barre des 800 habitants). Ça ne peut pas être plus clair que cela. Il y a urgence dans la cabane. Ça ne servira à rien de payer des assurances et d’entretenir un service d’incendie s’il n’y a plus personne dans les maisons.

REFLET NO. 2 : Ce n’est qu’en 2005 qu’un excentrique bénévole à l’AJT (le Poaite Espion Marc Deschesnes) s’est tanné de s’enfoncer le cul dans un divan tout l’hiver à regarder la Tvee et la P’tite Vie. Écoeuré d’écouter le hockey et d’être obligé de prendre un bière pour oublier qu’il voit le CH perdre ou plonger dans un sac de chips et s’enfiler un coke pour un but compté. Pu capable d’entendre les placotages insidieux. En fouillant dans les placards, il a mis la main sur un Reflet égaré. Assez pour lui donner le goût de le relancer avec l’accord de Dédé et les sous de l’Eau Berge.

Son premier texte en édito sur le méméring des femmes avait fait scandale. Il était vite devenu notre Éric Salvail de Tadoussac. La gent féminine de l’époque s’était révoltée et réunie pour organiser un boycott de l’Eau Berge. Par chance, en manque de bière parce que l’épicerie et le bar étaient fermés, elles ont dû revenir à l’Eau Berge terminer leur brosse. Quelque mois plus tard, notre Poaite Espion est reparti d’où il était venu au grand plaisir de ces dames et au soulagement du conseil municipal qui en avait assez de ses textes sur les affaires platicipales.

« Enfin débarrassés ! » qu’on disait. Cependant, on n’avait pas compté sur la relève. Dédé Troubley s’est vu obligé de continuer en attendant qu’on prenne la relève. À raison d’une publication par semaine, il a tenu le phare pendant environ 10 ans.

Des vacances prolongées à l’hôpital accompagnées de quelques anesthésies lui ont fait oublier de continuer et surtout, fait apprécier ses congés d’écriture. À ne rien publier, on finit par s’enliser malgré les nombreuses demandes de continuer. De cette dernière expérience, un seul désir habitait Dédé. Faire en sorte que la municipalité utilise les pages du Reflet pour s’exprimer ou corriger le tir. Désir exaucé. Ainsi est né le MIROIR. Pensant enfin mettre la clef dans la porte du Reflet et utiliser les pages du journal communautaire de la municipalité pour s’exprimer, il a vite déchanté.

Le Miroir n’avait rein de communautaire. C’était l’organe officiel des affaires platicipales. Ici, j’avoue que je suis quelque peu méchant. Disons plutôt que depuis quelques années, le journal s’améliore et demeure plus ouvert aux organismes.

Ceci dit, nous voilà maintenant à la veille de nouvelles élections. Même scénario et questionnement. Que nous réserve l’avenir de Tadoussac. Avouons que nos anciens élus  ne nous ont pas ouvert grandes les portes. En cédant l’exclusivité du quai à AML, ils nous ont fait un maudit coup de cochon. Avec peu d’accès au fleuve et au fjord pour des projets structurants, que nous reste-t-il comme avenir sinon terminer des dossiers déjà mal entamés.

Comme consolation, le miracle des élections se produit encore.

Nous aurons un nouveau journal COMMUNAUTAIRE à se mettre sous la main. Maryline Gagné, conseillère sortante, muselée plus souvent qu’autrement durant son mandat par ses conflits d’intérêt et Catherine Marck, jeune retraitée et bien en selle à la  marina, désirent se lancer dans l’aventure journalistique.

À travers tout ce brouhaha, la vie communautaire reprend vie. Lilas Lamontagne et Jane Evans, les artisanes du Comité de Citoyens, convoquent des états généraux pour la reprise d’automne ce jeudi 19 octobre à 19h au centre des loisirs.  Tout cela jumelé à un rendez-vous des candidats et des citoyens pour un échange sur les enjeux de notre village le 2 novembre au centre des loisirs.

En attendant, coup de théâtre.

Au moment où j’écris ces lignes, Catou, à quelques minutes de la fin des mises en candidature, décide de plonger dans l’arène municipale. Un coup de tête, oui ou non? Madame Catherine Marck, Française d’adoption, deviendra le sujet de l’heure si elle gagne ses élections. Fera-t-elle des choix? Avec un pied dans le journal LE TADOUSSACIEN et l’autre dans le MIROIR de la municipalité, jouera-t-elle du violon en ouvrant les pages du Miroir au Tadoussacien pour économiser des sous et exercer la démocratie? Choisira-t-elle d’être le porte-parole du milieu communautaire en défendant bec et ongles les idées qui en sortiront ou sera-t-elle la source d’informations pour alimenter LE TADOUSSACIEN ? Longue vie à ceux qui osent…

Ti Michel, pourquoi pas?

Pour tous ceux qui ont pensé que j’étais devenu Dédé Traqué. Bien oui, j’ai signé pour qu’il présente sa candidature aux prochaines élections. Ben non, je ne voterai pas pour lui, que je lui ai dit avant de signer. Je l’ai fait au nom du droit à tout individu de se présenter à un quelconque poste. Oui oui, c’était un pied de nez à tous ceux qui osent critiquer sans oser le lever.

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